30/09/2004

L’Eurodistrict pédale dans la choucroute

choucroute.jpgPar Christophe Nonnenmacher - Europeplusnet.info - 30 septembre 2004

A la frontière franco-allemande, les citoyens ont trouvé leur cheval de bataille : l’Eurodistrict. Tandis que le projet peine à prendre son envol et que les élus locaux rechignent à le promouvoir, les citoyens, eux, ne lâchent pas prise. A raison, car l’enjeu dépasse le local.

Eurodistrict. Encore inconnu, il y a peu, du grand public ce terme n’en finit plus d’agiter les esprits dans la capitale strasbourgeoise. Deux raisons à cela. Tout d’abord, une déclaration officielle. Celle du 40ème anniversaire du Traité de l’Elysée, le 22 janvier 2003, dans lequel le Président Chirac et le Chancelier Schröder s’engagent à soutenir « la création d’un Eurodistrict [centre] Strasbourg-Kehl (...) ayant vocation à explorer de nouvelles formes de coopération et à accueillir des institutions européennes ». Ensuite, une initiative citoyenne, regroupée sous l’appellation Forum citoyen Eurodistrict. « Quand j’ai pris connaissance de cette déclaration, je n’y ai pas crû d’emblée. » raconte Kai Littmann, président fondateur du Forum. « Je me suis dit : génial, voilà une cellule d’innovation à dimension européenne, un vivier d’idées, un lieu pour explorer des nouvelles formes de coopération entre Français et Allemands. » Fasciné par l’expérience, l’homme adresse un courriel au Quai d’Orsay pour proposer ses services. Christian Heldt, alors conseiller sur les questions franco-allemandes, détaché à Paris par le Auswärtiges Amt de Berlin lui proposera quelques jours plus tard de se joindre à un groupe d’études ad hoc réunissant conseillers ministériels, élus locaux et membres de la société civile, dont Christoph Nesshöver, correspondant à Paris du quotidien Handelsblatt.

Des projets citoyens en panne de soutien

La coopération proposée entre civils et politiques ne fera pas long feu, les élus alsaciens rechignent visiblement à s’adjoindre les services de personnes extérieures. Pire, déplore Kai Littmann. « Certains responsables locaux ne voient visiblement pas l’intérêt de cet Eurodistrict. Pourtant, c’est un gage de développement social et économique pour l’avenir, d’autant plus, qu’à ce jour, le baromètre de l’emploi régional n’est pas au beau fixe et que le siège strasbourgeois du Parlement européen est une nouvelle fois menacé. » C’est dans ce contexte un brin surprenant que se créera en octobre 2003, le Forum Citoyen Eurodistrict, association regroupant Français et Allemands désireux de voir émerger cette zone binationale.

Depuis, plusieurs associations et projets se sont greffés autour du Forum, dont celui d’une radio bilingue, d’une école franco-allemande et d’une structure artistique transrhénane, soutenue par Francis Zaniboni, le correspondant local du Printemps de Bourges. Salués par la presse allemande, française et belge, les projets citoyens peinent pourtant à séduire la municipalité strasbourgeoise, au point que d’aucuns s’inquiètent de la volonté réelle de la ville à promouvoir l’Eurodistrict. Interrogé au printemps dernier sur la question, Pascal Mangin, adjoint au maire en charge des questions européennes, réfute ces allégations : « D’ici fin juin, au plus tard fin juillet, nous devrions d’ailleurs annoncer publiquement le catalogue des compétences de l’Eurodistrict, en accord avec nos homologues allemands. ». Parmi les mesures alors pressenties, la probable acquisition d’un statut fiscal propre, la mise en place de mesures d’alertes environnementales communes et un renforcement du bilinguisme. Trois mois après, rien de tel n’a été soumis au public. Et la municipalité semble s’être progressivement renfermée sur elle-même, les relations avec Paris, ses partenaires allemands et le Forum, s’étant quelque peu dégradées sans qu’on sache véritablement pourquoi.

« L’Europe entière nous regarde »

Ces différents blocages n’ont pourtant pas découragé Kai Littmann, qui assure que son association « ne lâchera pas prise ». « L’Europe entière nous regarde. Ce que nous faisons dépasse de très loin notre petit cadre régional. On en est arrivés à un stade où, de notre capacité à relever ce défi, pourrait en fait dépendre l’évolution administrative de nombreuses régions transfrontalières ! ». Ce sentiment, Alain Howiller, rédacteur en chef des Dernières Nouvelles d’Alsace le partage, lui qui confiait récemment sa surprise de voir une ville comme Barcelone suivre de près l’évolution du dossier. Un écho également relayé au sein de l’Assemblée des régions d’Europe, dont une quarantaine de membres seraient prêts à transposer le modèle strasbourgeois en cas de succès. A moins que... la capitale parlementaire de l’Union ne perde l’initiative de cette entreprise ? Un autre Eurodistrict, plus paisible, se dessinant déjà entre les villes de Colmar, Mulhouse et Fribourg. Aux dernières nouvelles, le Forum y serait d’ailleurs plus que bienvenu...

En savoir plus :

Forum Citoyen Eurodistrict

Déclaration du quarantième anniversaire du Traité de l’Elysée

16/09/2004

Les OGM auront-ils le champ libre ?

ogm.3.jpgPar Christophe Nonnenmacher - Europeplusnet.info - 16 septembre 2004

Après la levée du moratoire européen sur les OGM, l’Assemblée des régions d’Europe et l’association environnementale « Les Amis de la Terre » organisent un front commun contre les cultures transgéniques, à grand renfort d’informations et de lobbying. Une initiative que la Commission de Bruxelles ne perçoit pas d’un très bon œil.

« Ce que nous entreprenons aujourd’hui avec l’Assemblée des régions d’Europe est quelque chose d’unique », se félicite Geert Ritsema. « Citoyens et représentants politiques marchant ensemble pour une même cause ! ». Le représentant des Amis de la Terre, un think tank environnemental réputé pour son activisme à Bruxelles, a fait son effet devant le parterre de journalistes et d’eurodéputés, réunis cette semaine au Parlement européen de Strasbourg. Il a même crispé quelques visages. Le discours de Klaus Klipp, le secrétaire général de l’Assemblée des régions d’Europe, une structure de lobby regroupant 250 régions paneuropéennes, a lui aussi fait mouche. « Nous avons besoin d’ouverture et de transparence dans le dossier OGM pour que les électeurs européens puissent suivre au moins une partie du débat. Il est nécessaire que ceux-ci comprennent quelles décisions sont prises et sur quelles bases. » L’allusion est à peine voilée : la récente levée du moratoire sur les OGM. La cible, très clairement identifiée : la Commission européenne qui, en dépit de nombreuses études scientifiques alarmantes et de l’opposition de plus de 61% des citoyens européens à ces cultures, poursuit inlassablement sa campagne de promotion en faveur des semences transgéniques. Une approche officiellement justifiée par l’inexistence de preuves certaines et définitives de nuisance des semences et produits transgéniques pour l’homme et son environnement. De quoi faire sursauter le British Department of Food and Rural Affairs qui relevait le 16 octobre dernier que les abeilles étaient en mesure de transporter du pollen de plans transgéniques vers des plans sains sur une distance de 26 km2, ou le très respecté magazine Nature qui démontrait récemment que 40% des produits bio étudiés dans des zones mixtes étaient contaminés par des OGM !

Scénario catastrophe

« Ne reproduisons pas la folie de la vache folle, s’alarme Alain Fauconnier, vice-président de la région Midi-Pyrénées, ce que nous demandons à la Commission est simplement d’appliquer le principe de précaution, d’en revenir au moratoire qu’elle a abandonné. Nous ne sommes pas contre les progrès de la science ou contre la recherche en milieu confiné, mais il n’est pas possible à ce stade de nos connaissances d’encourager la culture d’OGM en plein champ ! ». « En cas de contamination le préjudice serait inestimable », s’insurgera un peu plus tard à son tour Michel Somville, conseiller parlementaire pour les Verts en matière de génie génétique. « Ce que l’on ne dit pas assez, c’est qu’à partir du moment où un champ est contaminé, il l’est pour une très longue durée. C’est dramatique pour un agriculteur bio. Les produits qu’il cultive doivent répondre à un cahier des charges très strict. Or la moindre contamination peut l’empêcher de poursuivre son activité et le mettre en faillite ! ». Un scénario catastrophe auquel le consommateur n’échapperait pas. A terme, choisir entre produits OGM et non OGM pourrait relever de l’impossible.

Le test allemand

Certains députés européens dénoncent une autre aberration : la charge de la preuve, en cas de contamination, incombe à la victime. Or les enquêtes nécessaires à son obtention sont non seulement d’un coût exorbitant mais très difficiles à mener, aucun registre des zones OGM n’étant véritablement accessible en Europe. « Ce que nous demandons aujourd’hui tient en trois revendications, résume Geert Ritsema, le droit de savoir, le droit de choisir et la mise en place du système pollueur-payeur ». L’adoption, le 24 septembre prochain, par le Bundestag allemand, d’un texte de loi imposant la tenue d’un registre public des zones OGM, l’établissement de zones-tampons entre parcelles mixtes et d’un dispositif en matière de responsabilité civile serait un pas en cette direction. « Même cela irrite la Commission européenne qui veut qu’il y ait le moins de contraintes possibles pour l’arrivée des OGM en Europe », s’inquiète Michel Somville. « Elle aurait tout à fait le droit, sur la base de la libre circulation des marchandises, de s’opposer à cette loi, quand bien même elle aurait été souverainement adoptée par un parlement national ! ». Les OGM risquent bien désormais de s’inviter aux débats à tout bout de champ.

En savoir plus :

Assemblée des régions d’Europe
Les Amis de la Terre