22/11/2004

Les Eurocrates sont-ils fous?

eurocrate_fou.jpgPremier blog post dominical. Première pause nocturne d’une nuit sans fin entre la Côte d’Ivoire et le Canada. Deux dossiers en préparation pour ce matin, jour de (multiples) bouclages. La pause s’appelle Commission européenne. Je sais, ce n’est pas commun. A priori, on aurait pu trouver mieux. Plus sexy, plus plaisant. Mais le contenu de son site – pour qui dispose de suffisamment de masochisme pour y chercher l'information souhaité- n’a parfois rien à envier aux meilleurs vaudevilles. Bien sûr, les médias britanniques ont donné un (grand) coup de pouce aux auteurs. Mais tout de même, la Direction générale Presse et Communication de la Commission a du talent. Vraiment. Ce qu’elle écrit ? « La plupart d'entre nous font confiance à la presse nationale, aux informations télévisées et radiodiffusées pour s'informer de ce qui se passe dans l'Union. Malheureusement, parmi la masse d'informations diffusées se trouvent un grand nombre d'histoires basées sur des faits déformés, voire mensongers. Ces histoires peuvent être amusantes, certes, mais elles donnent l'image d'une Europe gouvernée par une bande d'eurocrates fous. Même s'il est malheureusement impossible de les recenser toutes, ces pages sont destinées à faire une mise au point sur certaines de ces histoires incroyables. »

Jusque-là, rien de bien exceptionnel si ce n’est l’idée savoureuse que le Berlaymont puisse héberger en ses murs des « eurocrates fous », cheveux hirsutes, langue pendante et globes oculaires sur ressorts. Non, le meilleur est à venir. Premier aperçu, les titres : « Des balançoires trop hautes pour l'Europe » ; « L’Union interdit le bruit dans les pubs et dans les stades de foot » ; « Pour Bruxelles, une île n'est plus une île » ; « La gent canine privée d'os », « Viagra: Six comprimés par mois pour tout le personnel de l'Union ». Pas moins de 33 manchettes recensées ! Toutes plus merveilleuses les unes que les autres. Et bien évidemment pour leur très grande part issues de la presse anglaise.
« Trop c’est trop », imagine-t-on rétorquer un haut fonctionnaire génial. Bruxelles contre-attaque et nous livre ses arguments. Exemple, le 4 février dernier, le Sun (plus connu pour sa page 3 que pour la pertinence de son travail d’information) titrait : « Ne pas jeter sur la voie publique! – L'UE demande aux femmes de rapporter leurs gadgets érotiques usagés (…) En vertu de nouvelles règles européennes, les femmes vont être obligées de rapporter, visages cramoisis, leurs gadgets sexuels usagés. Elles devront rendre leurs vieux vibromasseurs pour recyclage avant de pouvoir s'en acheter de nouveaux. » Très sérieusement, la réponse de la Commission fuse : « Les directives sur les équipements électroniques et électriques usagés obligent les États membres à faire en sorte qu'à compter du 13 août 2005, les propriétaires de ces biens puissent les rapporter gratuitement à leur détaillant pour recyclage. [Mais] il n'existe aucune obligation de rapporter les équipements électriques usagés avant de pouvoir en acheter de nouveaux. Ces textes prévoient simplement que les intéressés doivent pouvoir le faire gratuitement s'ils le souhaitent. »

Autre exemple savoureux : « Bruxelles entend obliger les employeurs à consulter leurs salariés sur la marque du thé à acheter », prévenaient les Western Mail et Daily Post le 12 janvier dernier. « Selon les Conservateurs, était-il écrit, les dispositions de la nouvelle directive européenne sur l'information et la consultation des travailleurs pourraient contraindre les sociétés britanniques à consulter leurs salariés sur la marque de sachets de thé qu'il conviendrait d'utiliser dans les bureaux. Les chefs d'entreprise se sont d'ailleurs opposés à cette initiative ». Réponse de Bruxelles : « La directive en question dispose que les représentants des salariés doivent être informés et consultés sur les activités et la situation économique de la société, la situation et l'évolution future de l'emploi en son sein et les décisions susceptibles d'entraîner des modifications importantes de l'organisation du travail et des relations de travail. L'idée selon laquelle les salariés devraient être consultés sur la marque de sachets de thé à utiliser est d'une absurdité totale ! » Quant au café, rien n’est mentionné… Pour peu, on les trouverait presque sympathiques ces eurocrates. Sommes-nous fous ?

Les commentaires sont fermés.