11/01/2006

(PRESQUE) UN AN APRES

Bon, après moult rappels à l’ordre de la part d’autres chroniqueurs d’Europeus, me voici de retour… presqu’un an après la publication de mon dernier post. Rien de bien glorieux, en somme. Pour ceux qui étaient habitués à la lecture de ce blog, ce retour pourra être une surprise. Disons que l’année passée a été consacrée à développer un autre projet et que celle qui débute aura pour ambition de le développer un peu plus encore. A l’origine de ce blog était une sorte de coup de gueule face à ces rédactions qui vous rappellent combien « l’Europe, ça n’intéresse personne ». De là est né ensuite Europeus.org, parti sur la même idée, celle visant à dire que si, l’Europe ça intéresse. Parce qu’en bien ou en mal, elle est notre quotidien. Aujourd’hui Europeus compte une vingtaine de contributeurs (dont la liste doit encore être actualisée…), 25000 lecteurs mensuels (pour ceux qu’on peut comptabiliser – bon ce n’est pas Le Monde mais c’est déjà pas mal…) ; est repris par le quotidien Metro (2 millions de lecteurs – c’est mieux J)et Agoravox. Plus intéressant, peut-être, Europeus n’aura pas duré comme beaucoup trop de blogs le simple temps d’une campagne référendaire. Peut-être aussi parce qu’il n’est pas un blog de campagne mais d’information et de débat. En fait, deux seuls ont réellement survécu en France : Europeus et Publius. A croire que les « us » ont ces coutume de s’accrocher J.

 

Un an après, donc, deux survivent auxquels doivent être ajoutés quelques uns qui ont pris le train en route, à l’instar des Euros du village ou, plus récemment, et c’est une belle surprise Jean Quatremer, probablement le plus intéressant journaliste français en activité (et en résidence – Libération) spécialisé sur les questions communautaires. Un type rare car lucide. Très clairement pro-européen mais pas eurobéat. Ses collègues et autres rédacteurs en chef hexagonaux (dont même ceux issus de la presse télévisée) avaient prévenu après le 29 mai avec leur pâle copie du « Je (nous) vous ai compris. Oui, l’Europe vous intéresse alors nous allons en parler ». Résultat des courses un peu plus de six mois après : rien, tout simplement rien, un peu à l’image de ces belles résolutions de début d’année que l’on ne tient jamais véritablement.

 

Jean Quatremer, lui, s’accroche, fait tout simplement son boulot d’information. Dommage qu’ils ne soient pas plus nombreux à le faire. Alain Ménargues, un peu avant de se faire « shooter » de la direction de l’info de RFI m’avait confié lors d’une discussion au Parlement européen « qu’il n’y a que ceux qui ne comprennent rien à l’Europe qui refusent d’en parler ». Force est de constater que peu de journalistes français y comprennent quelque chose à cette Europe, ou du moins font l’effort d’y comprendre quelque chose. Ou alors quand on en parle, on évite soigneusement quelques détails comme la nuit dernière dans France Europe Express : Christine Ockrent y abordait la santé de Sharon, la situation israélo-palestinienne. Notre très cher ministre des affaires étrangères – docteur monde – était également présent. Une question aurait pu être à cette occasion posée : pourquoi le Conseil s’oppose-t-il à ce qu’un rapport émanant de diplomates européens sur la situation en Israël ne soit rendu public et débattu au sein du Parlement européen. Sauf erreur de ma part, ce point a été soigneusement évité. Là encore, dommage.

 

S’il était une résolution (de celles que l’on tient cette fois) à prendre pour 2006, elle concernerait pour toutes ces raisons Europeus. En un mot : continuer. Continuer de débattre, d’informer, de proposer. Plusieurs actions iront très vraisemblablement en ce sens au cours des prochains mois : le lancement d’Europeus Maroc (sur les questions marocaines et euromed), d’un Europeus en langue allemande (on y travaille, avec des chroniqueurs propres et, espérons, à terme un partenariat avec un grand quotidien national). Mais aussi l’arrivée prochaine du podcast, si possible sans offrir d’Ipod ou de livre à un ministre…, l’agrandissement du réseau en partenariat avec Relatio (en fait les deux ne feront plus qu’un) qui devrait donner (si tout va bien) naissance à un magazine papier, dont il sera prochainement temps d’en dire plus. Bien d’autres projets sont encore à l’étude, mais chaque chose en son temps. Si l’on parvient déjà à faire tout cela en 2006, ce sera déjà pas trop mal.

22/02/2005

RENCONTRES DU RESPECT

lundi 28 février 2005, Palais du Luxembourg (Paris), de 17h30 à 20h30
Thème : Table ronde sur « Les violences faites aux femmes » organisée dans le cadre des Rencontres du respect

Avec Célestine Kouakoua (maire de Brazzaville « le viol comme arme de guerre »), Michèle Vianès (écrivain, chroniqueuse sur Europeus.org, auteur de « Les islamistes en manoeuvre »), Amély-James Koh Bela (écrivain, auteur de « Prostitution africaine en Occident »), Hélène Fathpour (porte parole de la fédération internationale contre l'intégrisme et pour l'égalité : « intégrisme et violence étatique »), Gabrielle Partenza (écrivain, ancienne prostituée), Marie Burguière (professeur certifiée d’histoire : « les profils du bourreau et de la victime dans les violences conjugales »), Yvette Roudy (ancienne ministre des Droits des Femmes), Isabelle Debré (sénateur des Hauts de Seine), Nicole Guedj (secrétaire d’Etat aux droits des victimes).

Pour des raisons de sécurité et de place il est impératif de confirmer votre venue :
par téléphone au 01 46 06 27 04
par fax au 01 46 06 26 60
par mail au : infos@collectifrespect.com
en précisant vos nom prénom adresse et contact (téléphone ou mail)
Seules les personnes préenregistrées pourront entrer ; merci de votre compréhension

16/01/2005

CANAL PLUS DONNE LA PAROLE AUX FEMMES

Regards de Femmes est association partenaire du film « Blessures de Femmes » de Catherine Cabrol, 20 témoignages de violence faites aux femmes, 20 pastilles de 2 minutes diffusées en clair, sur Canal+, tous les jours à 12h35 jusqu’au 1er février dans le cadre de la programmation spéciale de soutien de la chaîne à Ni putes ni soumises. Le témoignage de Michèle Vianès (également chroniqueuse sur Europeus.org) sera diffusé le lundi 31 janvier à 12h35. Ces témoignages sont 17 confidences de femmes ayant subi des violences (inceste, viols, excision, harcèlement sexuel et moral, violences physiques, psychologiques ou morales) accompagnés des propos du frère d'une des femmes ayant subi des rapports incestueux de la part de leur père, de celui d'un militant de Ni Putes Ni Soumises témoignant de l'engagement d'un homme dans un tel mouvement, et de celui de Michèle Vianès, Conseillère municipale déléguée à l'égalité des droits et Présidente de l'association Regards de Femmes dénonçant le port du voile intégral dans les rues de villes françaises (sur ces 2 derniers témoignages apparaîtront clairement le nom et la fonction des intervenants).

Blessure de Femmes est réalisé par Catherine Cabrol, produit par Catherine Grandcoing pour le groupe JLA en collaboration avec Ni Putes Ni Soumises, Gam’s, SOS Femmes accueil, A.I.V.I., Inceste.org et Regards de Femmes


15/01/2005

EUROPE BLOGS

Projet plus intéressant: Europe Blogs. Des citoyens européens (un par pays) se sont associés pour relater les "faits et gestes" de leur pays de résidence. Un post par jour (au pire un par semaine) est demandé aux contributeurs. Rien ne laisse à ce jour présager que l'expérience sera un succès (elle n'en est qu'à ses débuts) mais elle a le mérite d'exister. Bon, bien sûr, si vous ne parlez pas anglais, c'est raté pour le coup mais pour les autres, l'idée vaut d'être encouragée. Premiers pays couverts: la France (Adrien), l'Allemagne (Manolo). Les autres restent visiblement à prendre.

LES VRAIS-FAUX AMIS DU OUI

Intéressante, l'idée de lancer un blog pour "Les amis du oui". Hans-Gert Poettering, Iñigo Méndez de Vigo, Jacques Barrot, Jean-Pierre Raffarin, Pierre Lequiller, Wilfried Martens, Wolfgang Schäuble ou encore Jose Manuel Barroso s'y expriment. Bref, l'élite européenne semblerait avoir compris que le débat est nécessaire. Seul bémol - de taille - les post se résument à de gentils discours publiés pour l'occasion. histoire de montrer que l'on est pour le "oui". Aucun d'eux ne répond directement aux commentaires. En résumé, rien de bien excitant. Utiliser l'outil blog est une bonne chose. Faut-il encore que la méthode suive. Un blog ne se limite pas à un communiqué de presse. Vouloir ouvrir le débat nécessite d'y répondre personnellement. Alors,de grâce, allez "amis du oui" jusqu'au bout du raisonnement. L'empilage de signatures ne suffit pas à renouer un dialogue.

31/12/2004

Télérama met Europeus à l'honneur

Petite surprise nocturne en regardant les stats d'Europeus, lancé le 15 décembre avec des journalistes, politiques, chercheurs. A peine quinze jours après ses premiers pas dans la Blogosphère, Télérama le classait déjà site du jour, le 29 décembre. Sans aucune intervention de notre part - le plan communication d'Europeus ne sera lancé qu'en janvier:). Alors, de la part de toute l'équipe d'Europeus, tout simplement merci et très bonne année européenne 2005 à tous.

13/12/2004

Enfants européens trysomiques: le Canada n'est pas fait pour vous!

trisomie21.jpgA en croire l’histoire de Sophie et Cédric Bernard, tous deux parents d’un petit Cédric âgé de trois, le Canada verrait d’un très mauvais œil l’intégration des migrants assujettis à des maladies génétiques. Car bien qu’ayant rempli tous les critères d'Immigration Canada et reçu à ce titre leur certificat de sélection du Québec, le couple pourrait ne bien jamais réaliser son rêve nord-américain. Non pas parce qu’ils ne sont en mesure d’apporter une expérience professionnelle suffisante sur le marché du travail local, tous deux justifiants d’un emploi de webmestre et d’assistant réalisateur, mais parce que leur fils Cédric, aujourd’hui âgé de trois ans est atteint de trisomie-21 et jugé à ce titre… comme un « fardeau excessif », pour les services sociaux et les services de santé canadiens ! Motif : les sommes que devront dépenser en soins les organismes concernés seraient d’au moins cinq fois supérieurs au 2629 $ moyens dépensés pour un citoyen « normal ». Une aberration pour Sylvain Fortin, le directeur général de la Société québécoise de la trisomie-21, qui dénonce le double discours des autorités fédérales qui, au moins officiellement, rappellent que la Charte des droits et libertés reconnaît les personnes vivant avec une limitation fonctionnelle comme des membres à part entière de la société canadienne. Si Robert Gervais, le porte-parole d'Immigration Canada, se défend d’une telle approche et précise que son ministère de tutelle ne fait qu’appliquer une loi faite pour « protéger le système de santé canadien », le malaise reste très clairement palpable. Car, au milieu de cet imbroglio juridique, la première victime n’est autre qu’un enfant de trois ans, dont le seul tort est d’avoir eu des parents suffisamment crédules pour croire que le discours de tolérance et d’ouverture jusqu’alors prôné avec succès et sincérité par les autorités canadiennes était encore de mise.

La chaîne française d'information internationale se noie dans le syndicalisme national

puzzle_europe.jpgTout avait pourtant bien commencé. Jeudi 9 décembre, le premier ministre français Jean-Pierre Raffarin avait annoncé que la chaîne française d'information internationale (CFII) verrait le jour en 2005 et serait pilotée par France Télévisions (France 2, France 3, France 5, RFO) et le groupe privé TF1, pour un budget de lancement de 30 millions d'euros. Bref, la France aurait sa BBC World et autre CNN. A ceci près, que les syndicats de France Télévisions n’apprécient guère la manœuvre. Certes, ceux-ci se félicitent de la naissance de ce futur outil journalistique mais l’idée même de s’allier, pour l’occasion à TF1 leur reste en travers de la gorge. Motif : « TF1 est sur le point de réussir un exploit : celui de s'offrir une chaîne internationale sans débourser un centime alors que son réseau de correspondants à l'étranger se résume à 5 bureaux pour plus de 220 pays ! », s’insurgent les syndicats et la Sociétés des journalistes de France Télévisions, qualifiant le chantier en cours de « parodie de chaîne d'information ». Car cette alliance imposée entre les secteurs public et privé n’est effectivement pas sans poser quelques interrogations. Outre le fait que TF1 engrangerait des fonds destinés au public et n’est pas un modèle en terme de couverture de l’actualité européenne et internationale, les intérêts de la première chaîne française paraissent en complète contradiction avec les objectifs de transparence de l’information : « Quelle serait, [en effet,] la crédibilité d'une chaîne internationale en partie dirigée par une multinationale dont les bénéfices dépendent des bonnes relations qu'elle entretient avec les gouvernements des pays où cette chaîne sera diffusée? », s’interrogent encore les syndicats. Qu’on soit pro ou anti-TF1 l’influence probable du groupe de BTP Bouygues, principal actionnaire de la chaîne privée, et la défense de ses propres intérêts à l’international dans le contenu éditorial de la CFII, pourrait en à n’en pas douter poser un réel problème déontologique. Qui plus est, les journalistes du service public précisent qu’il « est hors de question pour nous de collaborer avec une société privée dont ‘le métier’, selon les propres termes de son PDG Patrick Le Lay, consiste ‘à vendre à Coca-Cola du temps de cerveau humain disponible’ ». Si les journalistes du service public devaient s’entêter dans leur refus de participer à la création de la chaîne internationale, la CFII pourrait ne jamais voir le jour. Du moins pas de sitôt. A moins que le gouvernement français fasse marche arrière et consente, comme le demandent les syndicats, que la chaîne fonctionne sur la base d’une nouvelle alliance entre France Télévision, RFI, CFI, TV5, Euronews et l'AFP. Seule quasi-certitude, en l’état, « le démarrage de l'antenne, prévient Ghislain Achard, directeur général de France Télévisions, sera certainement dans les premiers mois de 2006 », et non de 2005.

12/12/2004

Oui, l'Europe doit donner sa chance à la Turquie

joffrin.jpgA défaut d'avoir suffisamment de temps pour alimenter mon blog par ces temps de multiples bouclages et mises en oeuvre de nouveaux projets (bientôt, vous saurez tout...), j'avais juste ici envie de remercier Laurent Joffrin, le directeur de la rédaction du Nouvel Observateur. Pour une raison au moins: les articles et éditos lucides et dépassionnés sur la Turquie sont rares. Trop rares pour ne pas être salués lorsqu'ils émergent. La Turquie dont se fait l'écho le magazine français est celle que connaît toute personne y ayant déjà séjourné. Bien sûr, elle n'est pas parfaite. Beaucoup reste à faire pour qu'elle atteigne le degré d'exigence qu'une future adhésion à l'Union européenne implique. Mais elle se réforme, année après année, en profondeur. Trop lentement - peut-être - pour certains, mais sûrement. Et ce, même à l'est, chose impensable il y quelques années encore. Oui, la Turquie, n'en déplaise à Philippe de Villiers, leader d'une France conservatrice bien pensante, repliée sur un dogme ultracatholique dépassé, la Turquie a sa place dans l'Union. Certes, le pari est un peu fou. Mais en cas de réussite, quel plus bel exemple d'une Union entre l'Orient et l'Occident. Quel plus beau modèle de stabilité et de partenariat transcontinental. Quel plus beau pied-de-nez aux tenants de la thèse du choc des civilisations. L'une des premières choses qu'un instructeur auto-école apprend à ses élèves est d'anticiper les dangers de la route, à éviter les collisions, car rien n'est irrémédiable. (Re)penser sa relation avec le monde n'est guère chose différente. Le 11 septembre a ébranlé le rapport que nous avions à l'autre. Certes. Mais les Turcs en sont-ils pour autant responsables. L'immense majorité des musulmans sont-ils fautifs? Doit-on leur fermer les portes d'une Europe promise depuis 1963 sous prétexte qu'ils ne se seraient pas fait baptisés? Non. Mille fois non. La Turquie a déjà beaucoup donné à l'Europe. Beaucoup attendu. Et repousser l'ouverture des négociations d'adhésion avec Ankara serait bien pire que de relever les défis d'une intégration future. Cela multiplierait les frustrations, ajouterait au chaos du monde. Nous éloignerait d'une alliée fidèle. Dire "oui" à l'ouverture des négociations d'adhesion avec Ankara ne signifie pas donner un blanc-seing à la Turquie. Mais juste se donner une chance de croire que musulmans, chrétiens et juifs peuvent former - ensemble - une communauté politique, à même de peser positivement sur l'ordre d'un monde, où la différence ne serait plus perçue comme une tare mais comme une richesse. Un peu à l'image de la devise de cette constitution européenne sur laquelle nous serons prochainement amenés à voter et qui rappelle que cette Europe que nous essayons de construire se doit d'être unie dans ses différences. Une ambition compliquée, je vous l'accorde. Mais si la réussite, quelqu'en soit le domaine, était facile, cela se saurait depuis longtemps.

29/11/2004

Lectorat cherche journaliste européen compétent

carte_de_presse.jpgIl est des ironies assez dévastatrices dans notre milieu, celui du journalisme. On nous y enseigne l’art d’être précis, de vérifier nos sources, de connaître notre sujet. Bref, d’être honnête avec le lecteur. Ce serment d’Hippocrate « maison » a de tout temps honoré cette profession. Des envoyés spéciaux et permanents couvraient il y a peu encore l’actualité sur le terrain, assurant une couverture sérieuse d’un événement. Bien sûr, nombre de journaux – principalement parisiens - le font encore, n’hésitant pas à faire appel à des gens compétents ou sachant, tout du moins – transcrire ce qu’il leur a été dit. Malheureusement, force est de constater que cette règle se perd en certains lieux. Bien sûr, l’erreur est humaine. A ceci près que la formule est bien connue : « C’est forcément vrai si c’est écrit dans le journal! »

Les Dernières Nouvelles d’Alsace (DNA) et l’Est Républicain avaient il y a quelque temps enfanté un beau projet : La Quinzaine européenne. Officiellement, ce bimensuel fut enterré deux ans après sa sortie pour cause de faillite. Officiellement. Mais bon, c’est là une toute autre histoire. Reste que de nombreux journalistes – près d’une vingtaine – spécialisés sur les questions européennes, furent gentiment renvoyés à leurs occupations antérieures. « Comprenez-nous, nous avons suffisamment de gens capables de parler d’Europe. » Ok. Si vous le dites. Admettons. Disons que c’est la règle du jeu. Aujourd’hui, la rumeur court que les DNA envisageraient de fermer leur bureau de Bruxelles…composé d’un seul rescapé. Economies d’échelles, je suppose. Je veux bien, même si une telle stratégie est en parfaite contradiction avec le discours ambiant de la direction du quotidien, qui assure que l’Europe est – au moins officiellement - au cœur de ses préoccupations premières. Passons encore, cela les regarde.

Non, là où l’histoire bascule est quand on abreuve le lecteur d’inepties, d’erreurs tellement grossières qu’on se demande s’il existe encore la moindre personne compétente au sein de ce quotidien régional. Dans un article paru ce week-end et intitulé « Face au traité de constitution européenne : Des élus plutôt sceptiques » (passons sur la maîtrise de la langue française…), le lecteur pouvait en effet y lire la chose suivante: "En un peu plus d'une heure – ‘on ne peut pas faire moins vite pour essayer de mettre à la portée de chacun ce traité constitutionnel’, commentait in fine René Moebel - Hubert Haenel a expliqué les avantages du nouveau texte qui, en s'appuyant sur une communauté de valeurs et d'objectifs, permet de ‘renforcer les compétences de l'Union’. Notamment dans le domaine de la politique internationale avec un président de Commission qui sera dorénavant élu pour deux ans et demi au lieu de six mois »…

Peu importe ici que Hubert Haenel n’ait pas été qu’un simple membre de la Convention mais qu’il y siégea en tant que président de la délégation du Sénat pour l'Union européenne. Peu importe également que René Moebel ne soit pas « maire de l’amicale des maires du canton de Huningue » mais président de celle-ci (pour rappel à la rédaction, on est maire d’une ville ou d’un village mais pas d’une association….). Non, ce qui importe bien plus est le passage expliquant que le projet de constitution sera bénéfique dans la mesure où, une fois ratifié, celui-ci donnera naissance à « un président de Commission qui sera dorénavant élu pour deux ans et demi au lieu de six mois »!!!

Sur ce point, j’ai beau relire la phrase depuis bien quinze minutes, quelque chose m’échappe. De deux (trois) choses l’une : soit le texte constitutionnel aurait mis en place une nouvelle commission (avec un petit « c ») mais il faudrait qu’on nous précise laquelle, le document - sauf intervervention Harry Potterienne durant le week-end - n’indiquant rien de tel. Soit il s’agit de la Commission de Bruxelles (avec un grand « c ») mais, sauf faille spatiotemporelle, celle-ci n’a jamais été élue pour six mois et ne le sera pas davantage pour deux ans et demi, la durée de son mandat étant fixé à cinq ans. Soit, et c’est la seule hypothèse rationnelle, l'auteur fait référence à la présidence du Conseil européen. Bref, une institution sans aucun rapport avec la Commission et moins encore avec son président...

La chose aurait pu faire sourire (et encore…) si cette information avait été publiée dans Pif Gadget ou dans un journal conçu par des collégiens. Tout du moins aurait-elle été excusable. Mais venant d’un journal qui se dit suffisamment compétent sur les questions communautaires pour sacrifier, petit à petit, sa rédaction européenne, il y a là quelque chose de choquant. Non pas pour les journalistes concernés – ceux-ci travaillant aujourd’hui pour d’autres médias, nationaux ou européens, et n’ayant pas à se plaindre de leur sort – mais pour le lectorat des DNA qui, au moins par respect, mériterait qu’on lui livre une information (européenne) digne de ce nom... Au moins si tel est encore la fonction première du métier de journaliste.

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